Introduction
L'expatriation sans cotisation, c'est des trimestres qui disparaissent.
La retraite est l'un des sujets les moins anticipés par les expatriés français. On part à 35 ans pour quelques années, et on revient à 45 ans en réalisant qu'une décennie de cotisations manque. Le sujet concerne aussi la retraite complémentaire — AGIRC-ARRCO — souvent négligée pendant l'expatriation. Ce sujet est approfondi dans le guide retraite internationale pour expatriés.
Impact sur la retraite française
Ce que l'expatriation change concrètement.
Le calcul de la retraite française : rappel des deux dimensions
La pension de retraite française de base dépend de deux éléments distincts. Le taux de la pension (entre 37,5 % et 50 % du salaire annuel moyen) est déterminé par le nombre de trimestres validés au cours de la carrière — le nombre requis pour le taux plein dépend de l'année de naissance et s'élève à 172 trimestres pour les générations nées à partir de 1965. Le salaire annuel moyen est calculé sur les 25 meilleures années de carrière en termes de revenus cotisés. Ces deux dimensions sont affectées par l'expatriation si des mesures actives ne sont pas prises.
Les trimestres manquants : le premier risque
Pendant une expatriation sans cotisation en France, aucun trimestre n'est validé dans le régime général français. Pour un expatrié de 35 ans qui passe 10 ans à l'étranger sans cotiser, cela représente jusqu'à 40 trimestres manquants — soit 10 ans de retraite à taux réduit ou un recul de l'âge de départ. La réforme des retraites de 2023 a maintenu à 43 ans (172 trimestres) la durée de cotisation requise pour les générations 1965 et suivantes, rendant chaque trimestre encore plus précieux.
Le salaire annuel moyen : le second risque
Même si des trimestres sont validés via des conventions bilatérales (voir ci-dessous), les salaires perçus à l'étranger n'entrent généralement pas dans le calcul du salaire annuel moyen français. Concrètement, les années d'expatriation avec un salaire élevé à l'étranger — qui auraient pu figurer parmi les '25 meilleures années' — ne sont pas prises en compte. Seule la cotisation volontaire via la CFE permet d'intégrer les revenus étrangers dans le calcul du salaire annuel moyen de la CNAV.
La CFE
Cotiser pour la retraite française depuis l'étranger.
Ce que la CFE permet de faire
La Caisse des Français de l'Étranger propose une assurance vieillesse volontaire qui agit comme intermédiaire entre l'expatrié et la CNAV (Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse). Les cotisations versées à la CFE sont directement reversées à la CNAV, qui met à jour le compte individuel retraite comme s'il s'agissait d'une activité exercée en France. Les trimestres sont validés selon les règles du régime général, et les revenus déclarés entrent dans le calcul du salaire annuel moyen.
Les conditions d'adhésion
Pour adhérer à l'assurance vieillesse volontaire de la CFE, il faut remplir l'une des conditions suivantes : avoir cotisé à l'assurance vieillesse obligatoire française pendant au moins 6 mois avant le départ, et faire la demande dans les 6 mois suivant la fin de l'affiliation en France ; ou avoir relevé d'un régime français d'assurance maladie obligatoire pendant au moins 5 ans (même de manière discontinue). Important : l'adhésion doit intervenir dans les 10 ans suivant le début de l'activité à l'étranger. Au-delà, l'accès n'est plus possible. Pour les expatriés de plus de 35 ans ayant attendu plus de 2 ans, un droit d'entrée correspondant à 2 années de cotisations rétroactives est exigé.
Le montant des cotisations
Les cotisations sont calculées sur la base des revenus bruts dans la limite du plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS), soit 48 060 euros en 2026. Les trimestres sont validés selon les règles du régime général : un trimestre est validé lorsque la cotisation correspond à 150 fois le SMIC horaire, avec un maximum de 4 trimestres par an. En 2026, un revenu brut annuel de 7 212 euros suffit à valider 4 trimestres. Pour un revenu supérieur au PASS, la cotisation trimestrielle est plafonnée — ce qui rend le dispositif proportionnellement plus avantageux pour les revenus élevés.
La retraite complémentaire : le pack CFE Malakoff Humanis
La CFE seule ne couvre que la retraite de base. Pour maintenir des droits à la retraite complémentaire (équivalent AGIRC-ARRCO), un partenariat avec Malakoff Humanis International permet de cotiser séparément. Cette adhésion est possible via l'employeur ou à titre individuel. La retraite complémentaire représente en général 20 à 40 % de la pension totale — la négliger pendant une longue expatriation peut significativement réduire le niveau de pension global au moment de la retraite.
Conventions bilatérales
La totalisation des trimestres : ce qu'elle permet et ce qu'elle ne permet pas.
Ce que permettent les conventions bilatérales
La France a conclu des conventions bilatérales de sécurité sociale avec de nombreux pays qui permettent la 'totalisation des périodes d'assurance'. Concrètement, les trimestres cotisés dans le pays étranger peuvent être additionnés aux trimestres français pour déterminer le taux de pension applicable et l'âge d'ouverture des droits. La liste des pays conventionnés inclut notamment les États-Unis, le Canada, le Japon, la Suisse, les pays de l'Union européenne, et plusieurs pays africains et d'Amérique latine.
Les limites importantes
La totalisation a deux limites essentielles à bien comprendre. Premièrement, il n'est possible de totaliser que deux conventions internationales simultanément. Deuxièmement — et c'est le point le plus souvent méconnu — les salaires perçus à l'étranger ne sont pas pris en compte dans le calcul du salaire annuel moyen français. Les trimestres étrangers servent uniquement à 'ouvrir les droits' (atteindre le taux plein), mais les revenus correspondants n'entrent pas dans la base de calcul de la pension française.
Les pays sans convention : la situation la plus risquée
Pour les expatriés résidant dans des pays sans convention de sécurité sociale avec la France (Émirats arabes unis, Qatar, la majorité des pays d'Asie du Sud-Est à l'exception de quelques pays, certains pays du Golfe), les trimestres cotisés localement ne peuvent pas être totalisés avec les trimestres français. La seule solution pour ne pas perdre de droits est la cotisation volontaire via la CFE.
Selon le statut
Détaché, expatrié, indépendant : la situation varie selon le contrat.
Points de vigilance
Ce qu'il ne faut pas négliger.
Le délai de 10 ans pour adhérer à la CFE
L'adhésion à la CFE pour la retraite n'est possible que dans les 10 ans suivant le début de l'activité à l'étranger. Passé ce délai, il n'est plus possible de rattraper les années manquantes via ce mécanisme. C'est une contrainte souvent ignorée qui peut avoir des conséquences importantes sur le niveau de pension finale. Si vous êtes expatrié depuis plusieurs années sans avoir souscrit, vérifiez d'urgence si vous êtes encore dans le délai.
Le rachat de trimestres
Il existe une possibilité de racheter des trimestres manquants (via la procédure de versement pour la retraite — article L. 351-14-1 du Code de la Sécurité sociale). Ce rachat est limité à 12 trimestres et concerne principalement les années d'études supérieures ou les périodes d'activité incomplète. Son coût augmente avec l'âge. Ce n'est pas un substitut à la cotisation continue, mais un complément possible en fin de carrière pour atteindre le taux plein.
La fiscalité des pensions françaises perçues depuis l'étranger
Les pensions versées par des organismes français (retraite de base, AGIRC-ARRCO) à un résident fiscal étranger sont soumises à la retenue à la source en France, avec un taux qui dépend de la convention fiscale applicable. Les pensions de la fonction publique restent imposables en France même pour un résident étranger — sauf si l'intéressé possède la nationalité du pays de résidence. Ce point doit être vérifié selon le pays de résidence au moment du départ à la retraite.
FAQ
Questions fréquentes — retraite et expatriation.
Une année passée à l'étranger fait-elle perdre des trimestres de retraite ?
Oui, si aucune cotisation n'est versée en France ou via la CFE pendant cette période. Pour les expatriés dans des pays conventionnés, les trimestres cotisés localement peuvent être totalisés avec les trimestres français pour atteindre le taux plein — mais sans que les salaires étrangers entrent dans le calcul de la pension française. La cotisation volontaire à la CFE est la seule solution qui permet à la fois de valider des trimestres et d'intégrer les revenus étrangers dans le calcul.
Est-il obligatoire de cotiser à la CFE pendant son expatriation ?
Non, c'est volontaire. Mais l'absence de cotisation pendant une longue expatriation peut retarder significativement le départ à la retraite à taux plein ou réduire le montant de la pension. La décision dépend de la durée prévue de l'expatriation, de l'âge au départ, du nombre de trimestres déjà validés et de la présence ou non d'une convention bilatérale avec le pays d'accueil.
Que se passe-t-il si je n'adhère pas à la CFE dès le départ ?
Vous avez jusqu'à 10 ans après le début de votre activité à l'étranger pour adhérer. Au-delà, l'accès à l'assurance vieillesse volontaire de la CFE n'est plus possible. Si vous adhérez après 2 ans d'expatriation et avez plus de 35 ans, un droit d'entrée correspondant à 2 années de cotisations rétroactives est exigé. La recommandation de la CFE est d'adhérer dès le départ pour éviter ces majorations.
La convention bilatérale avec les Émirats arabes unis couvre-t-elle la retraite ?
Non. La convention Franco-UAE du 19 juillet 1989 est une convention fiscale — elle ne couvre pas la sécurité sociale ni la retraite. Il n'existe pas de convention bilatérale de sécurité sociale entre la France et les Émirats arabes unis. Pour un expatrié aux Émirats, la cotisation volontaire à la CFE est la seule façon de maintenir des droits à la retraite de base française.
Peut-on cumuler une retraite locale et une retraite française ?
Oui, dans la plupart des cas. Les pensions de différents pays peuvent être perçues simultanément. La totalisation des trimestres via les conventions bilatérales ne réduit pas le montant de la pension étrangère — elle sert uniquement à déterminer le taux applicable à la pension française. Le montant effectif de chaque pension est calculé selon les règles propres à chaque pays.